Marie NDiaye Goncourt 2009

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Marie NDiaye Goncourt 2009

Message par Frodon le Mar 3 Nov - 18:09

Le plus convoité des prix littéraires a été attribué lundi à Marie NDiaye pour "Trois femmes puissantes" (Gallimard)
Première femme à obtenir le Goncourt depuis 1998, elle a été couronnée au premier tour avec 5 voix contre 2 à Jean-Philippe Toussaint pour "La vérité sur Marie" et une voix à Delphine de Vigan pour "Les heures souterraines".

Le Renaudot a été attribué à Frédéric Beigbeder pour "Un roman français" (Grasset), qui créa la polémique en août.

Un roman sur l'exil
Dans "Trois femmes puissantes", Marie NDiaye, qui vit actuellement à Berlin, évoque l'exil, et met en scène des personnages écartelés entre Afrique et Occident.

Un "mélange d'histoire qui touche et d'écriture"
Interrogée devant le restaurant Drouant, la lauréate a estimé, au 13h de France 2, qu'avait été récompensé un "mélange d'histoire qui touche et d'écriture". "Ca fait 25 ans que j'écris", a-t-elle ajouté.

Née le 4 juin 1967 à Pithiviers (Loiret), d'un père sénégalais et d'une mère française, Marie NDiaye a grandi en banlieue parisienne. Elevée uniquement en France par sa mère, professeur de sciences naturelles, elle a publié à 18 ans son premier roman, "Quant au riche avenir" (1985).

Remarquée par Jérôme Lindon des éditions de Minuit, elle abandonne rapidement ses études pour se consacrer à l'écriture et enchaîne depuis romans et recueils de nouvelles. Une vingtaine en 23 ans, parus pour l'essentiel chez Minuit, puis chez Gallimard. "Comédie classique" (1988), "La femme changée en bûche" (1989), "La sorcière" (1996)...

Quatrième Goncourt consécutif pour le groupe Gallimard
Si l'on compte ses filiales, le groupe Gallimard est ainsi couronné pour la 4e année consécutive après "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell en 2006, "Alabama Song" (Mercure de France) de Gilles Leroy en 2007- et Syngue Sabour (POL) d'Atiq Rahimi en 2008. Une bonne affaire puisque, sauf exception, le Goncourt s'inscrit dans les très bonnes ventes de l'année. Le roman de Marie NDiaye a déjà été tiré à 140.000 exemplaires, avant l'attribution du prix.

Les éditions de Minuit, deux livres en lice, n'ont pas été récompensées
Pas de prix donc pour les éditions de Minuit qui avaient deux livres en lice ( Laurent Mauvignier : "Des hommes" , autour de la guerre d'Algérie, et Jean-Philippe Toussaint : "La vérité sur Marie" Minuit). C'est d'autant plus dur que Marie NDiaye était à l'origine une auteure Minuit. Figurait aussi sur la dernière sélection Delphine de Vigan dont "Les heures souterraines" , autour de la souffrance au travail, n'ont pas conquis les suffrages des jurés.



"Trois femmes puissantes", roman dérangeant
Le public a-t-il compris, à travers ce choeur de louanges de la presse, à quel point le roman de Marie NDiaye, qui articule trois histoires, est un des plus dérangeants de l'automne ?

Car "Trois femmes puissantes" - quelle ironie dans ce titre- met d'abord à jour l'impuissance et la déchéance d'hommes, jetés à bas d'une splendeur passée ou fantasmée. Des hommes s'appuyant alors sur des femmes, quitte à les détruire.

Voici donc - première histoire - l'avocate Norah, venue en Afrique voir son père qui l'a abandonnée en France, laissant leur mère les élever seule. Mais ce père ignoble a pris avec lui leur jeune frère, Sony, désormais en prison pour meurtre. Et il compte sur sa fille avocate pour le défendre.

Voilà donc - deuxième histoire - Rudy Descas, qui conçoit des plans de cuisine pour une entreprise, alors qu'il fut professeur de français en Afrique. Rudy remâche sa rancoeur et rêve à un avenir qui ne s'écrira pas tout au long d'une catastrophique journée se soldant par son licenciement.

Retour en Afrique : voici enfin - troisième histoire et sans doute la pire de toutes, dans une tension qui va croissant - Khady Demba qui fut heureuse épouse, à défaut d'être mère, et qui est désormais veuve, rejetée par la famille de son mari, à la merci des vautours. Entraînée par un tout jeune homme, elle va remonter vers le Nord pour tenter de passer en Europe, fétu de paille ballotté par la misère, à la merci d'autres miséreux tentant, eux aussi, le passage vers l'Occident.

Plus encore que les deux premières, cette histoire là, sans espoir et sans rédemption - ou si peu - serre définitivement le coeur, laissant un malaise qui ne se résorbe pas, accru par la langue-monologue de Marie NDiaye, ces pensées qui se bousculent sans savoir à quoi se raccrocher. Que reste-t-il à Khady Demba, naguère heureuse sans le savoir ? Un corps malheureux et tourmenté, un nom-identité qui lui sert d'ultime bouée de sauvetage, aussi vaine que les précédentes. On ne sort pas indemne du livre de Marie NDiaye, mais plutôt, à l'instar de ses personnages atteints d'ulcères, eczémas, hémorroïdes, maladies de peau, démangé longtemps après sa lecture.

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Re: Marie NDiaye Goncourt 2009

Message par Frodon le Mar 3 Nov - 18:12

Le Renaudot 2009 à Beigbeder, qui épingle Marin

Le prix Renaudot 2009 a été attribué lundi à Frédéric Beigbeder pour "Un roman français" (Grasset)
"C'est un prix important, qui a été décerné au "Voyage au bout de la nuit" de Céline et aux "Choses" de Pérec, tous ces livres si beaux, si grands. Et là, me retrouver sur la même liste que ces gens-là... Je crois que je vais pleurer", a dit à la presse le lauréat, visiblement ému.

Il a aussi ironisé : "J'ai une pensée pour le procureur (de la République) de Paris, à qui je dois beaucoup." Ce procureur, Jean-Claude Marin (qui fut aussi celui du procès Clearstream) est à l'origine du parfum de censure autour du livre, qui défraya la chronique en août.

Frédéric Beigbeder a obtenu le Renaudot au cinquième tour avec sept voix contre une pour Vincent Message pour "Les veilleurs", une voix pour Véronique Ovaldé pour "Ce que je sais de Vera Candida" et une à Justine Lévy pour "Mauvaise fille".

"Un roman français" : l'histoire d'une garde à vue, et celle d'une famille, les Beigbeder
"Un roman français" raconte l'histoire de la garde à vue de l’écrivain, pour usage de stupéfiants sur la voie publique. Angoissante, cette garde à vue a déclenché chez lui un désir inédit de mémoire: "Je ne me souviens pas de mon enfance… Je n’ai jamais écrit que des histoires d’homme sans passé".

Le narrateur remonte dans le temps, retrouve l’histoire de sa famille et raconte les deux branches familiales. Côté maternel, les nobles. Côté paternel, des "bourgeois bohèmes américano-béarnais : les Beigbeder". C'est sur la côte basque que se noue l'idylle parentale : "C’est l’histoire, écrit-il, d’une humanité nouvelle ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés".

Il en vient aussi, très vite, au nœud du problème. De son problème à lui : son frère Charles. L'homme plus que parfait : brillantes études, marié, ayant fait fortune dans les affaires (Selftrade, Poweo), sans doute bientôt lancé en politique ...Hasard ou fatalité ? Frédéric est placé en garde à vue le jour où il apprend que Charles va recevoir la Légion d'honneur.

De cette garde à vue, il fait une impitoyable description. Et décrit longuement l'absence de droit, les conditions misérables de détention, l'inhumanité organisée: "une cellule de garde à vue », écrit-il, " est le lieu qui concentre le maximum de douleur dans le minimum de mètres carrés ». Symbole de cette inhumanité: le procureur de la République. "Il ne m'est pas permis ici de dire tout le bien que je pense de Jean-Claude Marin", écrit Frédéric Beigbeder, qui a dû, sur pression de son éditeur, réécrire les trois pages concernant cet éminent personnage.

Les cent premières pages d'"Un roman français" sont éblouissantes, portées par la rage de la garde à vue et le désir de creuser sa généalogie. D'une belle facture classique (pour les épisodes familiaux) entrecoupée d'imprécations (sur la garde à vue), cette oeuvre sentimentale et intello a conquis le grand public, et, dans la foulée, les jurés Renaudot.

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Re: Marie NDiaye Goncourt 2009

Message par Frodon le Mer 11 Nov - 17:13

Marie Ndiaye s'efforce de calmer la polémique

L'écrivain s'explique sur ses propos de l'été dernier contre lesquels s'est insurgé mardi le député UMP Eric Raoult
Dans un entretien accordé au magazine Inrockuptibles cet été, Marie Ndiaye expliquait son départ de France par un climat de "flicage" après l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.

Dans l'interview réalisée lundi et diffusée mercredi sur Europe 1, la Franco-Sénégalaise a rejeté l'idée d'un exil politique.

"C'est très excessif. Je ne veux pas avoir l'air de fuir je ne sais quelle tyrannie insupportable", a-t-elle assuré. "Depuis quelques temps, je trouve l'atmosphère en France assez dépressive, assez morose. Il me semble qu'à Berlin, elle est plus exaltante", a-t-elle expliqué.

Interrogée sur un lien direct entre son départ de France et l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, elle a répondu : "Je ne crois jamais qu'un seul homme puisse faire un pays".

Bernard Pivot, membre du jury du Goncourt, a qualifié d'"erreur ou de bourde" la prise de position d'Eric Raoult, en estimant que le député UMP de Seine-Saint-Denis ne connaissait "rien au milieu littéraire". "Le devoir de réserve qu'il invoque n'a jamais existé,
n'existe pas et n'existera jamais, pas plus pour le lauréat du prix Goncourt que pour le lauréat du prix Nobel de littérature", a-t-il dit sur France Info.

Début de la polémique: la demande d'Eric Raoult au ministère de la Culture
Mardi, le maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis) a réagi à l'interview, publiée en août dans les Inrockuptibles, de Marie NDiaye, devenue depuis lauréate du Goncourt 2009.

"Les prises de position de Marie Ndiaye, Prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu'elle trouve "cette France [de Sarkozy] monstrueuse", et d'ajouter "Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux", sont inacceptables", écrit Eric Raoult. " Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de la République et plus encore du Chef de l'État. Il me semble que le droit d'expression ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la Francese doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il me parait utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il compte entreprendre en la matière ?»

L'interview de Marie NDiaye
Dans un entretien publié au mois d'août par le journal Les Inrockuptibles, la journaliste Nelly Kapriélian demandait à Marie NDiaye si elle se sentait bien "dans la France de Sarkozy". La romancière, qui s'est vu attribuer le 2 novembre le prix Goncourt 2009 au premier tour pour "Trois femmes puissantes" (Gallimard), avait répondu :

"Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité…Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus."

C'est bien la première fois, semble-t-il, qu'on évoque le "devoir de réserve" pour un lauréat du Goncourt. Qui plus est, un "devoir de réserve" rétroactif puisque l'interview de Marie NDiaye avait été publiée en août, plus de deux mois avant qu'elle ne reçoive le prix Goncourt.

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