Florence Aubenas dans la France des invisibles

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Florence Aubenas dans la France des invisibles

Message par Frodon le Mar 24 Nov - 13:54

Comment vit-on en France quand on a un revenu inférieur au Smic, voire pas de revenu du tout ?
Au-delà des graphiques abstraits et des discours savants, que signifie la crise pour les plus démunis ? Pour une France de toute en bas qui n'arrive plus correctement à se nourrir, se soigner ou élever ses enfants ?

Loin des considérations abstraites des économistes, Florence Aubenas - incarnation, une fois de plus, de l'honneur du journalisme - a vécu six mois à Ouistreham, dans le Calvados. Une plongée, écrit-elle "dans un autre monde, où le travail est rares et les nuits brèves, l'exploitation maximale et la solidarité active. Où les lieux de rencontre sont le pôle emploi et l'hypermarché local".

Sans dissimuler son identité, sans se travestir (sans raconter sa vie non plus), elle s'est installée dans cette petite ville normande qu'elle ne connaissait pas. Inscrite au chômage "avec pour seul bagage déclaré un baccalauréat", elle a été embauchée comme femme de ménage, a multiplié les contrats précaires, pointé au Pôle emploi ...

Et ô surprise, elle, dont le portrait a été affichée dans toutes les grandes villes de l'hexagone, lorsqu'elle était otage en Irak, n'a pas été reconnue : dans la France des invisibles, les médias pèsent peu (et vice-versa...).

De cette France niée et ignorée, elle nous rapporte "Le quai de Ouistreham", un livre qui paraîtra début 2010 aux éditions de l'Olivier.

Un "document exceptionnel", promet l'éditeur. Comment ne pas faire confiance au CV éloquent de la journaliste, qui s'est mise en congé quelques mois du Nouvel Observateur pour mener à bien son projet ? Rappelons qu'avant tant d'autres, Florence Aubenas, alors journaliste à Libération, douta de la culpabilité des accusés d'Outreau. Qu'elle fut otage en Irak pendant 157 jours (5 janvier 2005- 11 juin 2005) et en revint avec un courage, un humour et un sens de la répartie intacts - comme le montra, à son retour, sa conférence de presse. Loin d'abandonner le métier, elle se remit à l'ouvrage, notamment comme envoyée spéciale du Nouvel Observateur en Afghanistan, pour en ramener quelques vérités peu répandues. On attend donc logiquement, avec impatience, "Le quai de Ouistreham", annoncé dans toutes les bonnes librairies le 18 février prochain.

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Re: Florence Aubenas dans la France des invisibles

Message par Frodon le Lun 15 Fév - 16:26

Florence Aubenas, dans la peau des précaires

Le Nouvel Obs publie cette semaine les bonnes feuilles du livre de Florence Aubenas, "Le quai de Ouistreham"
La journaliste s'est mise quelques mois en congé du Nouvel Obs pour plonger en Normandie "dans la France des invisibles".

De cette France niée et ignorée, elle rapporte "Le quai de Ouistreham", qui sort le 18 février en librairie. Elle raconte comment on vit "aujourd'hui en France" avec un revenu "inférieur au Smic - voire pas de revenu du tout".


Inscrite au chômage "avec pour seul bagage déclaré un baccalauréat", elle a multiplié les contrats précaires, pointé au Pôle emploi et vécu avec moins de 700 euros par mois. Et ô surprise ! Florence Aubenas, dont le portrait a été affiché dans toutes les grandes villes de l'hexagone lorsqu'elle était otage en Irak, n'a pas été reconnue : dans la France des invisibles, les médias pèsent peu (et vice-versa...).

Dans les extraits donnés par le Nouvel Obs, elle explique son travail de femme de ménage sur le ferry d'Ouistreham ("tous en disent la même chose, cette place-là est pire que tout"). Elle décrit son corps ravagé ("en un quart d'heure, mes genoux ont doublé de volume, mes bras sont dévorés de fourmis..."). Et comme d'habitude, elle fait passer le pire, avec l'humour.

En attendant ici même un compte-rendu plus précis de ce livre, signalons que le Nouvel Obs organise un forum de discussion avec Florence Aubenas mardi 16 février de 14h30 à 15h30.

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Re: Florence Aubenas dans la France des invisibles

Message par Frodon le Jeu 18 Fév - 21:16

Florence Aubenas, une voix pour les sans-voix

France 2 Florence Aubenas était jeudi l'invitée du 13h de France 2 à l'occasion de la sortie du "Quai de Ouistreham"
Pour écrire ce livre, plongée dans la France des précaires, elle a gardé son nom.

Mais elle s'est inventée une autre vie (séparée depuis peu d'un homme qui l'aurait entretenue vingt ans) et une nouvelle apparence (cheveux blondis, lunettes constamment portées).

Et ô surprise ! Florence Aubenas, dont le portrait fut affiché dans toutes les grandes villes de l'hexagone en 2005, lorsqu'elle était otage en Irak, n'a pas été reconnue: dans la France des invisibles, les médias pèsent peu (et vice-versa...).

L'idée de départ ? La journaliste du "Nouvel Observateur" a expliqué à Elise Lucet qu'elle avait décidé d'aller voir de près la réalité de la crise : "ni comme sociologue ni comme économiste, mais à hauteur d'hommes".

De février à juillet 2009, munie de son seul baccalauréat, elle s'est installée à Caen, dans une petite chambre meublée. Et elle a cherché du travail, pointant au Pôle emploi.

Première surprise, a-t-elle relevé au journal de 13h, "quand je disais 'je suis prête à tout faire', je me suis entendue dire "comme tout le monde".

Deuxième surprise : la difficulté à trouver, non un inaccessible travail à temps plein, mais juste "des heures" de travail (qui n'atteignent jamais 35 heures).

Troisième surprise : "tout le monde est touché". Dans l'univers des précaires, on trouve des retraités à la pension insuffisante, des jeunes qui sortent de l'école, des mères de famille ...

Comment vit-on avec moins de 700 euros par mois ?
Que trouve-t-on comme travail, quand on est une quadragénaire sans qualification ? Des boulots de femmes de ménage qui vous ravagent le corps ("en un quart d'heure, mes genoux ont doublé de volume, mes bras sont dévorés de fourmis..."). Des petits chefs qui craignent de se faire virer et redoublent d'exigence, allongeant votre temps de travail au-delà de ce qui sera payé. Des horaires infernaux, tôt le matin, tard le soir, souvent week-ends et jours fériés.

"Le quai de Ouistreham" raconte, concrètement, précisément, comment on vit aujourd'hui en France avec moins de 700 euros par mois. Comment des lycéens sont obligés de travailler pour survivre. Comment des jeunes décident à vingt ans de se faire arracher toutes les dents et de porter un dentier, faute de pouvoir payer un dentiste. Et comment la solidarité, chez les démunis, n'est pas un vain mot.

De cette précarité totale, la journaliste rend remarquablement compte dans ce livre émouvant et souvent drôlissime. Au milieu des discours menteurs, Florence Aubenas incarne aujourd'hui une voix pour les sans-voix.

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Re: Florence Aubenas dans la France des invisibles

Message par Frodon le Sam 20 Fév - 14:12

Florence Aubenas:le journalisme positif,ça suffit!

"Je me suis autoproclamée porte-parole des invisibles", sourit la journaliste du Nouvel Observateur
Omniprésente dans les médias ces jours-ci à l'occasion de la sortie de son livre, "Le quai de Ouistreham", Florence Aubenas a choisi de disparaître de février à juillet 2009.

Pour s'immerger dans le monde des précaires, en congé sans solde, elle a pointé à Caen au Pôle emploi, travaillé comme femme de ménage, vécu avec moins de 700 euros par mois.

Elle qui fut cinq mois otage en Irak n'a été reconnue par personne. Aubenas ? Inconnue au bataillon dans la France des démunis. Ceci dit, le nom était inconnu aussi à l'accueil des éditions du Seuil ("Aubenas avec un O ?"), où nous l'avons interviewée ce vendredi 19 février au matin.

Pourquoi choisir de devenir une infiltrée?
Comme journaliste, on a du mal à appréhender les formes d'exclusion. C'est toujours biaisé : pour parler des précaires, on finit souvent par interviewer le stagiaire de sa cousine ou passer par une assistante sociale.

On sait tous que le chômage existe. Mais quand on le vit, ce n'est pas pareil. Quand on vous dit "vous êtes le fond de la casserole", celle qui qui ne trouvera pas de travail, on comprend ce que vivent les gens. Et on rend compte d’une réalité vécue.

Comment les gens devenus héros, à leur insu, du "Quai de Ouistreham" ont-ils perçu ce 'double jeu' ?
Avant que le livre ne sorte, je suis passée les voir, en Normandie. Je leur ai passé le bouquin. Ils étaient estomaqués. Pourquoi parler de moi ? Qu’est-ce qu’il y a à raconter ? En majorité, ils ont été très sympathiques. Même le directeur de l'entreprise de ménage du ferry de Ouistreham, "Jeff", pourtant pas un tendre, s’est jugé ressemblant. Seule l'a chiffonné la couleur de sa moustache, qualifiée de "couleur de cidre" alors qu'il la voit plutôt "poivre et sel". Il y a quand même une chef d'équipe, Mauricette, qui n'a pas vraiment apprécié...

Il y a dans le livre une vision assassine de la fusion qui a abouti à créer Pôle Emploi ...
Je me suis inscrite à Pôle emploi, à peu près au moment de la fusion ANPE-Assedic. Avant cette fusion, il y avait régulièrement quelqu'un, dans la file des chômeurs, pour gueuler "c’est honteux, on se moque de nous". Après la fusion, ils passaient leur temps à dire "bon courage" à ceux qui y travaillent.

Les agents avaient une double pression, ils devaient traiter le marché de l’emploi tout en étant eux-mêmes pris dans leur propre restructuration. Quand on est chômeur, on s’aperçoit aussi qu'une des tâches principales de Pôle Emploi, c’est de masquer le chômage dans les statistiques. Ils proposent aux chômeurs un "parcours création d’entreprises" alors que dans 90% des cas, ça ne marche pas ! J'en discuterai d'ailleurs le 26 février (à 7h40 dans la matinale de Canal + ) avec le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez.

Ce qui ressort du livre, c'est que les femmes sont encore plus mal traitées que les hommes.
Je n’avais pas pensé traiter du travail des femmes, mais ça s’est imposé. Dans la hiérarchie, les femmes sont tout en bas. Dans le ménage, ce sont elles qui nettoient les sanitaires. Je parle aussi de Victoria, une femme de ménage qui a voulu s’inscrire dans un syndicat. Choc des cultures : quand les syndicats, majoritairement masculins, appellent à défiler dans la rue, ils sont tout de suite des centaines. Les femmes de ménage, elles, sont trois avec un balai. Elles ne sont pas prises en considération alors qu'elles représentent le nouveau visage du salariat.

Les précaires ne sont pas dans les radars, pas dans les statistiques. Dans mon livre, il y a une fille qui monte un syndicat, dans l'équipe de ménage du ferry. Personne ne la rejoint : pour ces salariés-là, les syndiqués sont les privilégiés d'un monde auxquel ils n’ont pas accès.

A en croire le livre, les infos à la télé sont anxiogènes ou culpabilisantes.
Quand les médias ont commencé à parler de la crise, pour les plus pauvres, il n'y avait rien de neuf. La crise, ils la vivent depuis longtemps. Si ça fait la une du 20H, ça signifie qu’on va leur retirer leurs allocs, fermer davantage d'entreprises. J'ai entendu des propos comme : "cette crise est une fabrication pour mieux nous licencier".

Ils vivent mal aussi les discours culpabilisants sur les automobiles qui polluent. Sans voiture, ils ne trouvent pas de travail. Pour eux, la télé, c'est cet "ailleurs" qui vous juge.

Un des passages les pires du livre, ce sont ces lycéens obligés de travailler pour vivre, et à qui il reste 8 euros à deux pour se nourrir pendant une semaine.
Avec les divorces, plein de familles se séparent. Le père va vivre sa vie ailleurs et le cas échéant, la mère aussi. Dans le cas dont je parle, il s'agit de deux enfants restés seuls dans la HLM familiale. Les parents paient leur loyer, mais ne leur versent rien d'autre -parce qu'eux-mêmes n'ont pas d'argent. C'est la misère totale.

Le problème des jeunes gens est très lourd, ils n'ont pas accès au RMI et très peu arrivent à passer le permis. A 18 ans, on se trouve hors de tout. Sans parents, c'est l'horreur.

Il y a une grande coupure entre les emplois classiques, en CDI, et ceux qui galèrent pour trouver quelques heures, en CDD...
Oui. Chez les précaires, le débat sur le travail le dimanche ou la retraite à 60 ans n’existe pas. On accepte de travailler le dimanche, la nuit, et bien après 60 ans. La révolte ? Un luxe inaccessible. Avec la fin de l’emploi industriel massif, pas mal de verrous ont sauté. A Caen, il y avait 20.000 emplois ouvriers dans les années 90. Il n'en reste plus que quelques milliers.

Pourquoi choisir de publier ce reportage sous forme de livre ? Le livre est-il l'avenir du journalisme papier ?
La presse écrite se retrouve en retard sur la télévision, qui diffuse des documentaires longs. Il y a une économie audiovisuelle qui permet ça, de travailler six mois sur un sujet. L’économie de la presse papier ne le permet pas. Qui peut décrocher un an sans solde ? J'ai pu le faire, avec l'argent de mon précédent livre sur Outreau ("La méprise"), et avec 5000 euros d'avance sur les droits d'auteur.

Dans la presse écrite, il y a aussi un problème de ligne éditoriale. On veut du journalisme positif . Qui fait encore sa une sur les précaires, les sans-papiers, le mal logement ? Il y a un désinvestissement du champ social par les journaux. Je crois aussi qu'ils se trompent en privilégiant les papiers courts plutôt que longs. Et le dernier problème, c'est que nous, journalistes, on a du mal à traiter le social. Un bon journaliste c’est comme un bon prof : quel que soit le sujet, il vous intéressera.

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