Le Marché Saint Pierre poursuit un écrivain

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Le Marché Saint Pierre poursuit un écrivain

Message par Frodon le Ven 12 Mar - 19:41

Peut-on (encore) s'inspirer de lieux réels pour écrire un roman ?
C'est une des questions inédites posées par l'assignation en justice d'une romancière, Lalie Walker, et de son éditeur, Parigramme, après la publication en novembre dernier d'"Aux malheurs des dames", roman policier qui se déroule au Marché Saint-Pierre.


Or le Marché Saint-Pierre, célèbre magasin de tissu parisien au pied du Sacré-Coeur (XVIIIe arrondissement), est désormais une marque déposée, propriété des dirigeants de la société Dreyfus Déballage. Dirigeants qui réclament l'interdiction du livre et deux millions d'euros de dommages et intérêts. Une plainte fondée sur quoi ? Selon François Besse, qui dirige les éditions Parigramme, les plaignants étayent leur plainte en diffamation en citant des passages du livre jugés contraires à la réalité : psychopathes dans les étages, enlèvement d'employés...

Qui le nie, puisqu'il s'agit d'un roman ? François Besse souligne qu'"à aucun moment, le roman n'insinue que dans la vie quotidienne et réelle, on risque sa vie en achetant un bout de tissu" et qu'il s'agit clairement d'une fiction. Il affirme aussi qu'il se serait bien "passé" de la publicité ainsi faite à l'ouvrage et que ce procès est "injuste, abusif et délirant".

Le Marché Saint-Pierre "ne souhaite pas communiquer"
Du côté du Marché Saint-Pierre, silence radio. Joint au téléphone, le directeur de Dreyfus Deballage, Robert Gabbay, nous a répondu qu'il ne souhaitait pas communiquer : "Je n'ai rien à vous dire". Il s'était montré plus prolixe début mars sur Rue 89: "Ce livre cite notre marque ! C'est une marque déposée ! Ce site est protégé ! On ne touche pas et on ne parle pas du Marché Saint-Pierre sans l'autorisation du propriétaire et du dirigeant. C'est n'importe quoi, c'est de la diffamation." ("Poursuivie pour avoir situé son polar au marché Saint-Pierre", Zineb Dryef, Rue 89).

Toujours selon Rue 89, la direction du Marché Saint-Pierre soupçonnait un couple d'employés, licenciés en 2006, d'avoir servi de source d'inspiration aux "Malheurs des dames".

Lalie Walker : les risques de procès se multiplient
Ce qui est formellement démenti par la romancière, Lalie Walker. "C'est absolument faux", s'est-elle insurgée ce vendredi au téléphone. "Je ne connais personne du magasin, ni les dirigeants, ni les employés. Je ne sais pas comment ils ont pu faire des liens entre ces licenciements et mon livre : vous ne trouverez rien de tel dans le roman. Au contraire, le but des directeurs imaginaires d'"Aux malheur des dames", c'est de ne jamais licencier personne".

Ce procès a mis en lumière la difficulté croissante à écrire ou réaliser des fictions - ou des reportages sans risquer d'être traîné en justice : "J'ai reçu", témoigne-t-elle, "des dizaines de mails d'écrivains, mais aussi de photographes ou des caméramen qui me font part de l'interdiction de filmer dans des squares, dans des lieux publics...Mais où est-ce que cela s'arrête ? Il est interdit de parler de caddie - marque déposée - de Velib -marque déposée. Si je mets en scène un personnage mangeant un hamburger dans un fast-food, je risque d'être poursuivie par Mc Donald. Où est la limite ?".

"Certes", reconnaît-elle, "ça fait une formidable publicité. Selon les libraires, le polar se vend chaque jour un peu plus". Et ça tombe bien, puisqu'"Au malheur des dames" inaugurait une collection de fiction lancée par Parigramme autour des lieux emblématiques parisiens.

Mais ce qui a surtout stupéfait Lalie Walker, "c'est la rapidité avec laquelle la solidarité s'est manifesté sur la Toile : tous les jours, je reçois des dizaines de mails de lecteurs, d'auteurs, de libraires. Tout le monde se sent concerné. Il y a une solidarité qui n'aurait pas pu se manifester avec la même vitesse, il y a quelques années".

Le ministre de la Culture interpellé par un élu parisien
L'affaire a désormais pris une dimension politique. Le 10 mars, Ian Brossat, président du groupe communiste au conseil de Paris et élu du XVIIIe arrondissement, a interpellé le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, et dénoncé son "silence assourdissant" sur ce sujet. "On attendrait de lui qu'il défende la liberté d'expression et qu'il soutienne les créateurs. J'en appelle à lui pour qu'il sorte de son mutisme". Et d'estimer que "ces poursuites judiciaires constituent un véritable scandale car elles portent atteinte à la liberté d'expression. Avec une telle logique, ce sont des pans entiers de la littérature qui seraient envoyés au pilon !".


Audience le 9 avril, devant la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris. Les éditions Parigramme seront défendues par un avocat spécialiste des questions de censure littéraire, Me Emmanuel Pierrat.

Frodon
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